Cette rétrospective dense et compliquée, qui combine une réflexion sur les identités dans leur environnement à la fois extérieur et dans la fabrication du lien communautaire, les suivant dans le mouvement des bouleversements locaux et de la grande histoire, sources de nouveaux déplacements et refondations, relève in fine d’une véritable performance. L’analyse est affranchie de tout jugement sur un sujet comportant pourtant une part d’abîme, tant elle est mobilisée par l’intention primordiale de reconstituer l’univers mental, culturel qui a animé les grands perdants de l’histoire. Elle est le fait d’une spécialiste de l’histoire sociale de l’URSS qui, finalement, est allée explorer, à l’encontre de ses affinités personnelles, souligne-t-elle, les destins de ceux que la révolution avait rejeté sur l’autre bord, les scrutant avec la même impartialité, la même exigence et les mêmes nuances qu’elle avait mises dans ses investigations au cœur du xxe siècle soviétique. White Russians, Red Peril représente une contribution substantielle à l’histoire du monde de l’exil russe dans sa longue durée où s’exprime comme un enseignement la grande voix historienne de Sheila Fitzpatrick.